4) Tout au long de la marche, l'Armée rouge s'est consacrée à aider les paysans à se libérer et à mettre sur pied une administration de type soviétique. Les propriétaires fonciers qui avaient opprimé le peuple pendant des dizaines d'années étaient liquidés. La terre et le grain ont été redistribués aux affamés-es. Les portes des prisons ont été ouvertes et les détenus-es libérés-es. On laissait également des fusils aux paysans qui restaient sur place, de manière à ce qu'ils puissent défendre leurs conquêtes après le départ de l'Armée rouge. La rumeur s'est répandue très rapidement, si bien que des délégués-es provenant d'autres villages plus éloignés venaient voir l'Armée rouge, pour lui demander de faire un détour et de venir les aider à se libérer des propriétaires fonciers.
Un soldat raconte : «Nous tenions des grands rassemblements de masse. Notre "corps dramatique" donnait des spectacles de théâtre et de chansons, pendant que d'autres soldats écrivaient des slogans et distribuaient des exemplaires de la constitution et des lois fondamentales du gouvernement soviétique. Dès que nous avions la chance de rester plus qu'une nuit à un endroit, nous en profitions pour apprendre aux paysans à écrire au moins six caractères : "Détruisons le Tuhao" (le règne des petits notables féodaux et des propriétaires fonciers) et "Partageons-nous la terre". Les paysans trouvaient toujours une façon de nous aider, s'occupant des soldats malades, blessés, ou encore trop fatigués pour continuer. Chacun des blessés que nous devions laisser sur place disposait d'une somme d'argent, de munitions et d'une arme à feu, et on lui donnait le mandat de diriger les paysans dans la poursuite de la guerre de guérilla, dès qu'il allait être rétabli.»
«La longue marche est un manifeste. Elle a proclamé au monde entier que l'Armée rouge est une armée de héros, alors que les impérialistes et leurs chiens rampants tels Tchiang Kaï-chek sont impuissants... La longue marche est aussi un instrument de propagande. Elle a fait savoir à quelque 200 millions de personnes dans 11 provinces différentes que la voie de l'Armée rouge est la seule pouvant mener à la libération. Sans la longue marche, comment les larges masses auraient-elles pu apprendre aussi rapidement cette grande vérité que l'Armée rouge incarne ? La longue marche est finalement une machine à ensemencer. Dans les 11 provinces où elle est passée, elle a semé partout des graines qui vont germer, donnant naissance aux feuilles, aux fleurs, aux fruits qu'on pourra récolter dans le futur. En un mot, la longue marche s'est soldée par une victoire pour nous, et une défaite pour l'ennemi. Et qui a conduit la longue marche à la victoire ? C'est le Parti communiste. Sans le Parti communiste, une longue marche de cette sorte aurait été tout simplement inconcevable.» (Mao Tsé-toung, origine inconnue, notre traduction)